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La passion du coach 2/2

Basket
2 Mars 2020 21h44

Julien Zoa, actuel assistant de Ludovic Pouillart à Gries (Pro B), fait partie de ces coachs dont le travail effectué, dans l’ombre bien souvent, n’est pas assez mis en avant. Entraîneur à part entière au sein du staff du BCGO mais également coach personnel de certains des meilleurs joueurs français, il a accepté de nous en dire plus sur son parcours ainsi que sur cette fonction destinée à encore beaucoup grandir.


Une approche physique et mentale


La vie de sportif de haut niveau ne se limite jamais au terrain. Ce sera toujours répété aux plus jeunes générations : tout ce qui se passe en dehors des terrains est parfois même plus important que le terrain lui-même. A ce sujet, Julien confirme que s’entourer d’autres spécialistes, chacun dans son domaine, est une nécessité : « Nous travaillons avec plusieurs métiers différents. Préparateur physique, kinés, ostéopathes, et nous ajoutons également un peu de neurosciences dans tout cela. C’est important de bien s’entourer pour pouvoir réagir à toutes situations. Il y a également le complexe où l’on évolue, The One Ball, avec parquet NBA (homologué), cryothérapie, hydrojet et machine de tir ».

Côté mental, l’accompagnement est également présent : « On les accompagne comme on peut. Le basket est un monde compliqué et on ne peut pas gérer tout ce qui gravite autour, mais on reste présent pour aider le joueur si besoin ». Travailler avec un joueur au jour le jour implique également d’être proche, dans les bons moments et les moins : « Notre travail apportera toujours de la confiance au joueur. Notre but est de l’installer dans sa zone de confiance et de le tirer vers la difficulté. Au final, ce sera toujours lui qui fera le travail. Nous, nous ne sommes que des accompagnateurs, et comme je le répète souvent, ton meilleur coach, c’est toi ».

Médaillé de bronze en 2019 avec les Bleus, Louis Labeyrie considère d’ailleurs qu’aujourd’hui, il est indispensable d’avoir ce type d’entraîneur au sein des staffs : « Cela peut aider sur plusieurs points : perte de confiance, remise à niveau suite à une blessure ou maintien de forme. Et avoir un coach consacré au joueur et non pas dédié au l'aspect technico-tactique du basket est important ».


Réticences et avenir


Mais coacher des joueurs qui évoluent parmi les meilleurs clubs européens, voire mondiaux, comporte-t-il également son lot de restrictions ? « Pas vraiment avec les professionnels, mais surtout avec les jeunes joueurs. Nous avons un camp, le Back to the Basics, qui a lieu chaque hiver où des joueurs pensionnaires de l’INSEP et de certains centres de formation y participent. Il est vrai qu’on avait senti quelques réserves. Pourtant, nous ne sommes pas là pour prendre la place de qui que soit, mais bien pour accompagner les clubs et surtout le joueur, en proposant un travail qui n’est pas toujours possible de réaliser au sein des structures de formation ». 


Louis Labeyrie abonde également en ce sens : « Même si je n'y suis pas confronté, je pense qu'il y a une réticence vis-à-vis des coachs personnels. Lui a pour but de consolider les points forts et atténuer les points faibles. Si cela se fait en dehors de la vision des coachs principaux, ceux-ci doivent s'adapter à l'évolution du joueur ce qui leur donne un travail supplémentaire qui n'est pas forcément voulu », avant d’ajouter : « De toute manière, une demande d'autorisation doit obligatoirement faite au club si l’on souhaite travailler avec un coach personnel ».



En sus, dans les calendriers déjà très chargés des top-clubs européens et français, intégrer d’autres séances personnelles (en plus des collectives) pourraient poser problème : « Pour mon cas, en saison cela ne me servirait pas étant donné qu'avec le nombre de matchs élevé et les déplacements souvent très rapprochés, nous n'avons malheureusement pas le temps pour travailler individuellement en plus avec un coach personnel. Cependant je m'entraîne individuellement avec un assistant coach quand j’en ressens le besoin ».


Et à l’avenir ? Bien que les joueurs de l’équipe de France composent aujourd’hui un noyau dur accordant sa confiance à Julien et son collègue Mamadou, les liens avec la Fédération n’existent pas (encore) vraiment. Trop peu de retours à ce jour, ou travaux encore méconnus (pas assez ?). Les mentalités sont toutefois en pleine évolution : « L’an passé, Nanterre était venu jouer à Gries en Coupe de France. Après la rencontre, Philippe Da Silva, membre du staff francilien, m’avait d’ailleurs confié que le travail individuel pouvait tout changer sur un résultat, mais que les clubs français n’en avaient pas encore pris pleinement conscience ». 


Un pays est cependant largement précurseur dans ce domaine : les Etats-Unis. Et cela, Julien peut en témoigner : « J’ai déjà eu l’occasion d’assister à plusieurs matchs NBA et de rencontrer certains staffs. Un jour, à Miami, j’étais assis derrière le banc de l’équipe et je voyais un entraîneur décrypter en vidéo, presque en direct, l’appui d’un joueur lors d’une action. Ils ont clairement une, voire plusieurs, longueurs d’avance sur nous à ce niveau ». 


La liste des joueurs coachés par Julien, Mamadou et leur équipe est longue : Louis Labeyrie, Vincent Poirier, Axel Toupane, Lahaou Konaté… Et elle s’étend également à certaines professionnelles, comme Olivia Epoupa ou Zoé Wadoux. Trop peu pour le moment, mais l’objectif est clair, se développer et apporter également auprès des joueuses : « J’espère que cet été, nous aurons la possibilité de travailler avec certaines joueuses professionnelles. Nous ne voulons surtout pas nous limiter à l’un ou l’autre, car bien que ce ne soit pas le même basket, entre filles et garçons, cela reste le même sport ».


Au final, bien que le coach soit souvent comparé à celui qui enseigne, l’envie d’apprendre reste bien la qualité première pour progresser dans ce domaine : « C’est selon moi la qualité primordiale. Tu dois apprendre tout le temps et sans cela, tu ne peux pas devenir coach personnel. Le jour où tu arrêtes d’apprendre, arrêtes de coacher».

Et ce jour, Julien n’est pas pressé de le voir pour pouvoir continuer à vivre et surtout transmettre sa passion.


Crédit photos : Léa Greenaway

A propos de l'auteur

Julien Hartmann