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Le Duke de Gries

Basket
15 Février 2020 11h51

Point d’orgue du recrutement griesois cette intersaison, Olek Czyz devait aider le BCGO à passer un cap et confirmer l’excellente première saison du club alsacien en Pro B. Après une Leaders Cup intéressante (10,5 points par match, 2,8 rebonds), il n’a disputé que neuf petites minutes en championnat avant de se blesser lors de la première journée à Saint-Quentin.

Comme son début de saison, le chemin qui a conduit Olek vers le monde du basket professionnel n’a pas été des plus simples et linéaires. Au tout début, c’est d’ailleurs le hasard qui l’a amené vers ce sport : « Il y avait un panier de basket juste à côté de ma maison familiale en Pologne. Puis, à mes 9 ans, j’ai pris part à mon premier match en cinq contre cinq. A cette époque, je n’avais d’ailleurs aucune idée des règles du jeu et à partir de onze ans, j’ai intégré une école de basket ». L’amour pour la discipline était né et le jeune Polonais profitait ensuite, un peu malgré lui, d’un changement total de vie pour poursuivre dans cette voie.

L’Amérique, l’Amérique…

Direction le pays du basket, les Etats-Unis et le Nevada plus précisément : « Ce n’était bien sur pas évident de tout quitter et de tout reprendre à zéro. Au début, je ne parlais presque pas anglais et il m’a fallu plus d’un an pour m’habituer à la langue. Heureusement, je pouvais vivre basket au quotidien et cela me confortait car je me disais que j’étais dans le meilleur endroit possible ».

Pas forcément le plus doué mais travailleur et toujours bien entouré, Olek ne tardait pas à susciter l’intérêt des meilleures universités du pays. En 2008 et à tout juste 18 ans, il intègre d’ailleurs l’une d’entre elles, Duke University, coachée par le légendaire « Coach K », Mike Krzyzewski (5 titres NCAA et notamment sélectionneur des USA entre 2006 et 2016). Son parcours en Caroline du Nord dura deux années qui restent, malgré un temps de jeu limité (19 matchs au total), un excellent souvenir aujourd’hui : « C’était exactement ce dont j’avais besoin à 18 ans et évoluer avec Coach K m’a beaucoup appris. Ces années sont passées très vite donc j’ai vraiment essayé d’emmagasiner le plus d’expériences possibles. En regardant en arrière, je me souviendrai toujours de cette période comme étant celle qui m’a permis de devenir la meilleure version de moi-même avant de partir et de commencer à jouer professionnellement ».

En 2010, il remet le cap vers l’ouest et rejoint l’université de Nevada où il explosait littéralement et devenait un joueur majeur de son équipe (12,3 puis 13,8 points de moyenne). Non drafté à la fin de son cursus universitaire en 2012, il tentait tout de même d’atteindre la NBA en enchaînant deux Summer Leagues avec Chicago (été 2012) et Portland (été 2013), un camp d’entrainement avec Milwaukee (automne 2013) ou des aventures en G-League avec les Mad Ants ou les Canton Charge (saison 2013-2014). Son court passage avec les Bucks coïncidait d’ailleurs avec les débuts du futur MVP Giannis Antetokoumpo. Olek s’en souvient encore très bien : « Sa technique et son niveau étaient déjà d’un autre niveau, c’était clair mais il devait encore progresser dans de nombreux domaines, chose qu’il a su faire aujourd’hui en adoptant notamment la bonne mentalité. Il est une personne très humble, très gentille et être présent au début de son histoire fut très intéressant. Je suis en tout cas très heureux pour lui de voir où il en est aujourd’hui ».

Retour en Europe

Au milieu de son expérience américaine, Olek tentait un premier retour en Europe. Lors de la saison 2012-2013, il entendait même parler pour la première fois de la Pro B : « Lorsque je jouais avec le Virtus Rome, Phil Goss m’avait parlé du championnat en me le décrivant comme très athlétique et rythmé. Par la suite, d’autres joueurs abondaient en ce sens et je me disais que j’étais fait pour ce type de championnat. Plus tard, quand l’occasion de signer à Gries est arrivée, je savais donc dans quoi je me lançais ».

En 2014, il rentrait en Pologne et rejoignait le Turow Zgorzelec pour une saison pleine, que ce soit dans le championnat domestique ou en Eurocup (6,9 points et 3,9 rebonds en championnat et 3 points et 5 rebonds de moyenne en Coupe d'Europe), au point d’être nommé rookie de l’année.

La suite fut elle plus contrastée : son retour en Italie pour les saisons 2015-2016 (Pistoia) et 2016-2017 (Juvecaserta) se terminait par un premier passage par la case opération en janvier 2017 le laissant sur la touche plusieurs mois. Pourtant, il réalisait « la meilleure saison de ma carrière à Pistoia. D'un point de vue individuel, c'est la-bas que je me sentais le plus fort ». Il rebondissait néanmoins avec l’Anwil Wloclawek en 2019 et décrochait le titre de champion de Pologne en fin de saison (2,6 points et 1,6 rebond en 14 matchs).

Gries, pour rebondir

Dans le nord de l’Alsace, Olek revenait avec la ferme intention de s’imposer en endossant un rôle majeur dans l’objectif de se relancer du mieux possible : « J’étais en phase avec la situation de l’équipe. Je me sentais capable de faire de bonnes choses et réaliser une très bonne année. C’était important pour moi de retrouver un bon feeling sur le terrain en jouant beaucoup ».

A ce jour, le BCGO réalise une saison à nouveau en adéquation avec ses objectifs de « maintien tranquille ». Pourtant, le club affiche deux visages totalement différents suivant qu’il évolue dans sa Forest Arena ou sur des terres adverses : « L’équipe a deux visages. Quand nous jouons à notre rythme et selon notre plan de jeu, nous sommes difficiles à manœuvrer et cela arrive souvent à domicile. A l’extérieur, nous avons plus de difficultés. Mais nous avons vraiment de la qualité dans l’effectif et je pense que l’équipe sera très performante dans les prochaines semaines ».

Reconnue l’an passé pour la qualité de jeu développée et mise en place par Ludovic Pouillart, l’équipe griesoise n’a pas changé son fusil d’épaule cette saison et Olek semblait bien en phase avec cette philosophie : « Je connaissais ce style de jeu pour l’avoir déjà joué en Italie dans le passé. Je l’apprécie vraiment beaucoup et c’est le cas pour beaucoup de coéquipiers. C’est amusant de jouer ainsi et toujours très compliqué pour nos adversaires de défendre sur nous ».

Malheureusement, l’intérieur polonais ne put s’en délecter très longtemps. Face à Saint-Quentin, il se blessait à nouveau gravement au genou et voyait sa saison du renouveau s’arrêter prématurément. Une nouvelle étape compliquée dans la carrière d’Olek : « J'ai eu quelques opérations dans le passé et j'ai malheureusement subi une autre blessure. Les deux premiers mois furent compliqués. Je ne pouvais rien faire seul et devais toujours me déplacer en béquilles. Pour rester positif, je me concentrais pour réaliser de petits progrès chaque jour ».

Et puis, la vie étant parfois tout de même bien faite, Olek se comblait de bonheur avec la naissance de son fils, ce qui lui permet de se concentrer sur d’autres aspects.

L’avenir

« Je ne sais pas encore de quoi mon avenir sera fait et il est donc difficile de dire où je serai l’année prochaine, même si j’ai toujours l’espoir de revenir rapidement sur les parquets. Aujourd’hui, je me concentre surtout sur ma rééducation pour retrouver mon meilleur niveau. Je ne me fixe pas d’objectifs quant au moment où je reviendrai jouer, ni même quant au nombre d'années que je peux jouer. Je veux juste prendre les choses une à la fois et voir jusqu'où je peux pousser mon corps. Si je sens que je peux revenir et jouer à un niveau élevé, je le ferai ».

Pourtant, Olek n’oublie pas non plus que la vie de basketteur professionnel ne dure qu’un temps et prépare donc déjà activement la suite de sa carrière : « J’ai quelques idées pour la suite, bien sûr. J’ai d’ailleurs démarré il y a deux ans ma formation pour devenir skills trainer et j’espère bien me lancer dans ce domaine. Je veux rester actif et ne pas me voir ralentir ».

Olek Czyz a parcouru un long chemin depuis sa Pologne natale à Gries, en passant jusqu'aux portes de la NBA. Mais comme il aime à le répéter, "le ciel est ma limite" et pour l'atteindre, il donnera tout ce qu'il peut, aussi longtemps qu'il le pourra.

Crédit photo : Myriam Vogel

A propos de l'auteur

Julien Hartmann