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Diawara: un retour en Alsace ?

Football
12 Avril 2019 08h34

A l’heure où le Stadium Racing Colmar se remet sur les rails et semble se diriger allègrement vers la R1, les fans de foot à Colmar restent nostalgiques des vendredis soir de National au stadium. Nous avons rencontré Abdoulaye Diawara, un des emblématiques capitaines de cette époque version SR Colmar (sports réunis) : Abdoulaye Diawara, formé au PSG a ensuite joué en Belgique (St Trond et Visé) avant de rejoindre le Red Star, Paris FC, Beauvais, à nouveau Paris FC et puis deux années à Colmar. Le Franco Malien n’entrait plus dans les plans D’Ollé Nicolle et se voyait rejoindre le CA Bastia avant de revenir dans l’Est au SAS Epinal. Aujourd’hui au C’Chartres Foot (N2) sous la houlette de Jean Guy Walleme, le natif de Pierrefitte répond à nos questions et fait le point sur son parcours.


Alsa’Sports
: Abdoulaye Diawara, aujourd’hui au C’Chartres Football, comment vivez vous votre métier de footballeur ?
Abdoulaye Diawara : Je vis bien mon métier de footballeur au C'Chartres Football. Je suis content car j'ai du temps de jeu, et je suis satisfait, les résultats sont là et nos prestations sont bonnes. On joue les premiers rôles en championnat.

Alsa’ Sports : Quelles sont les perspectives à Chartres, vu que les résultats sont là ?
Abdoulaye Diawara : La particularité du C’Chartres Football, c’est qu’il émane d’une fusion entre le FC Chartres et le Chartres Horizon, cela engendre que l’équipe 1 évolue en National 2 et la réserve en National 3. Cela rend le niveau du club très intéressant pour tous les joueurs qui composent les deux effectifs. Cette situation est très formatrice pour les jeunes joueurs et si l’on n’est pas retenu en équipe 1 on évolue en national 3, ce qui reste un très bon niveau. Quand je suis arrivé au club, le projet était axé sur deux ans. Une première année pour essayer de créer un amalgame et une cohésion du groupe, qui (remanié à 80%) doit jouer un rôle d’outsider et prendre des repères en championnat. La deuxième année l’objectif est de retrouver le National. On avait mal commencé, mais à force de travail nous voilà à l’affut pour la montée en National, donc en avance sur les objectifs de base.

Alsa’Sports : Vous avez été formé au PSG, quels souvenirs en gardez vous ?
Abdoulaye Diawara : Ce sont des souvenirs très forts, ancrés dans ma mémoire quoiqu’il arrive. J’en parle même à mes enfants, ils savent que j’ai joué au PSG, même si je n’étais pas dans le groupe pro, mais pour eux, aujourd’hui quand ils entendent parler du PSG, de MBappé, Neymar ça a une signification, à leurs yeux c’est grandiose. Je garde des souvenirs fantastiques, j’ai découvert un autre monde, parce que je venais du Red Star qui était à l’époque en ligue 2, c’était le club phare de ma banlieue et une belle référence dans la région. A 18 ans, passer du Red Star au PSG, c’était immense, rien que sur le plan des infrastructures. Au centre de formation du Red Star j’étais un peu livré à moi-même alors qu’au PSG la prise en charge était totale. Je me souviens le premier jour quand je suis arrivé et qu’il y avait les présentations avec le coach Antoine Kombouaré, plus la remise des équipements. J’ai reçu tellement d’affaires que je ne savais même plus où les poser. Là j’ai compris que j’avais changé de dimension en termes de club. Je comprenais que j’étais au PSG et que je tutoyais le sommet du monde Pro en France. Au PSG, j’ai côtoyé des grands joueurs de l’époque ainsi que des coachs, c’était fantastique.

Alsa’Sports : Un joueur qui vous a marqué au PSG ?
Abdoulaye Diawara : J’ai eu la chance de côtoyer Ronaldinho aux entraînements, mais je n’ai pas pu jouer de match officiel avec lui. C’est vraiment le nom qui ressort, c’était un extra-terrestre, ce qu’il faisait avec un ballon c’était hors norme.

Alsa’Sports : Vous avez été international Espoir Malien. Comment expliquez-vous de ne pas avoir pu percer en ligue 1 ou en ligue 2 ?
Abdoulaye Diawara : J’ai essayé de tout faire pour atteindre la ligue 1 ou la ligue 2. Après avoir intégré le centre de formation du PSG, une partie de mon rêve de gamin était atteint. Mais devenir pro, c’était le Graal. Je travaillais dur pour y arriver, mais à l’époque c’était très dur d’obtenir un contrat pro au PSG en étant issu du centre de Formation. J’avais tout donné et tout fait pour devenir Pro au PSG. Sans prétention, j’ai le sentiment que si j’avais été au centre de formation aujourd’hui, j’aurais peut-être eu ma chance, car je constate qu’aujourd’hui il y a beaucoup plus de jeunes qui signent professionnels. Mais on ne refait pas l’histoire. J’ai quand même signé un contrat Pro mais en Belgique et je suis très heureux de l’avoir obtenu. Il y en a qui disent que tout simplement j’ai manqué de chance pour pouvoir évoluer en France ou au PSG en tant que Pro.
Alsa’Sports : Le milieu du football professionnel est sans pitié, en avez-vous souffert ?
Abdoulaye Diawara : Oui, j’ai vécu des situations pas simples et eu des doutes notamment lors de mon passage en Belgique, où j’avais l’impression d’être un moins que rien. J’étais mis à l’écart du groupe pro sans que l’on me donne des explications. C’était très dur, et inacceptable pour moi. Malgré les apparences, le monde du football est cruel, sans pitié voir hypocrite. Il faut être très fort dans sa tête pour tenir le coup.

Alsa’Sports : A Colmar, vous avez laissé le souvenir d’un capitaine passionné, proche des supporters et des gens en général. Pour vous que représente ce passage à Colmar ?
Abdoulaye Diawara (avec un grand sourire ) : Alors là ... ! Colmar ! C’est un des passages les plus importants de ma vie de footballeur et d’homme. J’ai rencontré des gens formidables au SRC. Pourtant, avant de signer à Colmar je me suis renseigné auprès de certaines personnes. On me disait : « fais attention c’est l’Alsace, les gens sont spéciaux, il peut y avoir du racisme, tu risques d’en souffrir, tu seras loin de ta famille, de tes parents, tes amis, et en plus il fait froid… ». Alors … oui, le froid c’est vrai, mais tout le reste c’est faux, dès mon arrivée, je l’ai constaté. En signant à Colmar, je me suis installé dans un petit village pas très loin de Colmar. On aurait pu penser que ça allait être très difficile pour moi, parce que je suis noir, et dans le village il y en a très peu. Et bien non… c’était l’opposé de ce que les gens avaient pu me dire, et c’est là que je me suis senti le mieux avec toute ma famille. En même temps c’était lié avec le football, car les gens qui gravitaient autour du club on tout fait pour que ça se passe bien à tous les niveaux. Pour ma part les gens ont été tellement gentils et sympathiques, par conséquent je me sentais bien dans ce club, ce qui influençait aussi les performances. Colmar, la région, le club, sont inoubliables. C’était une famille, on était proche des dirigeants, des éducateurs des jeunes, des bénévoles, on pouvait que tomber amoureux de ce club. Je n’avais pas connu çà ailleurs, je venais du Paris FC où c’était complètement différent. Je retiens que du positif de mon passage à Colmar.

Alsa’Sports : Sur les réseaux sociaux, on peut souvent suivre des commentaires entre anciens des SRC . As-tu encore des contacts avec tes anciens coéquipiers et dirigeants ?
Abdoulaye Diawara : J’en reviens à ce que je disais avant. C’était une famille, et dans les familles on ne se quitte jamais, même si ça ne vas pas. On peut se disputer, et c’est arrivé, mais on ne se quitte pas. Je suis passé par beaucoup de clubs, aujourd’hui c’est avec les gens de Colmar avec que j’ai le plus de contact. Les joueurs, le coach Damien Ott, les dirigeants du club, les éducateurs du club, je suis encore en contact avec eux, que ce soit sur les réseaux ou même par téléphone. Pour dire vraiment l’impact qu’a eu sur moi ce passage au SR Colmar : j’ai des contacts avec tous les joueurs de l’époque, on a un groupe Whatsapp où on discute entre nous, où on rigole beaucoup, on est resté liés.

Alsa‘Sports : Le Stadium Racing Colmar est bien remis sur les rails, pourtant les supporters Colmariens sont un brin nostalgique de l’époque du national. Croyez vous que les SRC peuvent retrouver une place à ce niveau ?
Abdoulaye Diawara : J’espère, et je leur souhaite , j’ai toujours un regard sur les résultats du club. Les dirigeants ont changé, il y a un passé, et aujourd’hui une nouvelle histoire qui s’écrit. Il y a des choses qui sont ancrées comme l’appellation « SRC » , le maillot vert , et le stadium est toujours là, ce qui prouve que le foot a une identité et une histoire à Colmar… Alors, oui je pense que les SRC peuvent revenir au niveau du National avec une nouvelle dynamique. je crois savoir que la nouvelle équipe dirigeante travaille dur pour y arriver.
Alsa’Sports : Votre deuxième saison à Epinal a été entaché d’un grave problème de santé (embolie pulmonaire). Votre carrière aurait pu s’arrêter net .Comment avez-vous géré cette période ?
Abdoulaye Diawara : Cela a été la période la plus difficile de ma vie d’homme et de sportif. C’était très grave .Les médecins n’étaient pas forcement optimistes pour mon avenir de footballeur. Mais je n’ai pas tergiversé longtemps, je me suis dit que je ferais tout pour revenir et terminer ma carrière sur une bonne note. Oui, c’était délicat, mais grâce à ma famille, mes parents, mes frères, mes sœurs, ma femme, mes enfants, les amis, les gens qui sont venus me voir à l’hôpital, j’ai vraiment senti l’impact et l’énergie que pouvait avoir sur moi tout ce soutien environnant. Ça à booster mon état d’esprit, grâce à cela j’ai retrouvé mon niveau. Souvent les gens qui souffrent parlent de leur expérience et disent que le soutien moral aide au rétablissement. Franchement, j’ai vécu cet aspect là, et ça a été une vraie force qui m’a permis de revenir au niveau actuel.

Alsa’Sports : Votre carrière est bien remplie à ce jour, pensez vous à une reconversion ?
Abdoulaye Diawara : Oui j’y pense. Toute ma vie je n’ai connu que le foot et je n’ai pas fait de grandes études. Gamin, mon but principal était de réussir dans le foot. Alors oui un moment ça s’arrête et il faut se poser les bonnes questions. A l’âge de 27/28 ans, j’ai passé plusieurs diplômes d’éducateur/entraineur. Ensuite, j’ai du mettre un peu ce travail de formation de côté, car les clubs dans lesquels j’évoluais ne souhaitaient pas me libérer pour l’obtention d’autres diplômes .C’est vrai que ça générait des absences répétées qui perturbaient l’évolution d’un groupe. En tous cas, je vais mettre toute les chances de mon coté pour continuer à passer les diplômes nécessaires afin de compléter mon CV de formateur.

Alsa’Sports : Avez-vous des regrets sur votre parcours ?
Abdoulaye Diawara : Des regrets ? oui et non. J’ai surtout la frustration de n’avoir pas pu évoluer au-dessus du National en France. Sans prétention, je pense que j’avais le niveau ligue 2. Certains clubs se renseignaient sur moi, mais aucune proposition concrète n’était parvenue à mes représentants de l’époque. Au-delà de ça je suis hyper heureux de ce que j’ai vécu dans le football, c’est d’une richesse sportive et humaine incroyable, alors il n’y a pas de notion de regrets .C’est surtout la satisfaction qui domine. Quand on voit le plaisir que l’on procure aux supporters, c’est géant. J’ai plus de 300 matchs en National et je suis fier de ce parcours.

Alsa’sports : Ne souhaiteriez-vous pas revenir jouer en Alsace ?
Abdoulaye Diawara : Bien sûr j’aimerais revenir jouer en Alsace, je n’ai que des bons souvenirs de l’Alsace. Sincèrement oui, je ne sais pas à quel niveau. J’aimerais, le plus haut possible. Malgré mon âge j’ai encore des ambitions et un certain niveau, si j’ai des propositions je les étudierais sérieusement.

Alsa’sports : Si le haut niveau ne se présenterait pas à vous. Auriez-vous d’autres projets en Alsace ?
Abdoulaye Diawara : Même si ce n’était pas du haut niveau, je serais à l’écoute, parce que j’arrive à un certain âge. Je sais que certains joueurs acceptent des propositions de club de niveau régional avec des emplois à la clé et des rôles d’animateurs ou éducateurs au sein du club sous forme de reconversion. Je ne ferme pas du tout la porte à ce genre d’opportunité. Ce genre de projet club ne me laisse pas indifférent.

Alsa’Sports : Avez-vous un message à faire passer en rapport à votre parcours et l’expérience que vous en avez retiré ?
Abdoulaye Diawara : Si un jeune aujourd’hui a envie d’être footballeur professionnel, c’est uniquement le travail qui compte, il ne faut jamais baisser les bras et toujours travailler. C’est dans tous les domaines comme ça, si on travaille, on met plus de chance de son coté et les options de réussite se précisent. En plus il y a une notion de sacrifice qu’il faut s’imposer. J’avais mes potes qui sortaient souvent et qui faisaient la fête, et bien moi je mettais ça de coté. Pour être performant il fallait que j’aie mon temps de récupération. Pour moi, la chose la plus importante ce n’est pas seulement ce que tu vas faire quand tu es sur le terrain, c’est la manière dont tu gères ce qui est en dehors. Les efforts en coulisse ,la vie à l’exterieur du club, les investissements invisibles, tout cela va conditionner tes performances. Si un jeune veut réussir, il faut une grande dose de travail et il doit faire attention à tout ce qui pourrait parasiter ses performances en dehors du terrain. C’est capital à mes yeux, c’est le message que je veux faire passer.
Visiblement Abdoulaye Diawara se sent bien au C’Chartes Football . Si la reconversion pointe le bout de son nez, le défenseur central du C’Chartes football a toujours « la foi », et l’envie de fouler le rectangle vert . A travers son témoignage et ses propos élogieux envers l'Alsace et les SR Colmar, On peut se poser la question si il n’y aurait-pas un retour vers la cité de Bartholdi ou aux alentours ?

Propos recueillis par Marc Holder ( Alsa’Sports )
Credits Photos: Ligue Grand EST ; Jorge De Carvalho ;Philippe Bergdolt ; Cyril Gife
Credits Photos : Chloé Jaeglé
Credits Photos: C'Chartres Football facebook officiel








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Marc