Rencontre avec ... Stéphane Houdet

Rencontre avec ... Stéphane Houdet

Tennis
22 Mai 2018 19h07

Figure incontournable du tennis en fauteuil, Stéphane Houdet, actuellement n°4 mondial en simple et n°1 en double, s’est permis un petit détour par les Internationaux de Strasbourg. Un lieu qu’il connait bien, où il a la possibilité de rassembler du public autour de sa discipline.

C’est devenu un rendez-vous quasiment incontournable pour vous les Internationaux de Strasbourg ?

C’est un rendez-vous annuel de venir aux IS, malgré que je sois soumis au calendrier mobile de l’ITF. L’an passé j’étais encore au Japon car il y a un super-série qui se joue sur dur, mais cette année j’ai décidé de faire l’impasse sur le Japon pour faire une vraie préparation sur terre battue. C’était donc l’occasion de renouer avec les IS et avec mon histoire.

Votre histoire, c’est-à-dire ? Une partie de mon histoire a commencé à La Wantzenau. Après mon accident, je ne connaissais pas du tout le tennis en fauteuil, je cherchais une activité sportive et puis j’ai découvert le golf. Je deviens champion de France puis n°1 européen de handigolf et j’ai joué les championnats d’Europe en septembre 2004, à La Wantzenau. A ce moment-là, je vois un homme qui marche en short avec une prothèse à la jambe et il marche super bien ! Moi, ça faisait 8 ans que j’étais bloqué avec une jambe raide et quand j’ai vu cet homme avec cette prothèse je me suis dit que c’était ça que je voulais. Puis je suis reparti à Chambéry, là où j’habitais à l’époque et j’ai découvert le tennis en fauteuil. Je suis revenu à mes premiers amours car j’étais classé 2/6 à 17 ans. J’ai vu un gars jouer, on m’a dit qu’il était 17e, je me suis dit « si lui est 17e, je peux être 16e. J’ai construit mon modèle là-dessus, tous ont appris à se déplacer en fauteuil, donc je peux aussi le faire.

Cela vous tient à cœur de revenir ici, de pouvoir sensibiliser les gens, notamment à travers une exhibition ?

Oui, se retrouver sur le court central avec un public qui découvre, c’est super. Au départ, ils n’ont pas forcément l’idée d’aller voir ce sport là et puis ils se disent que celui qui est en train de jouer touche la balle, qu’il joue bien, qu’il sert plus vite que moi… Quand on a une tribune pour le faire c’est magique.

Vous avez retrouvé les mêmes fondamentaux entre le tennis et le tennis en fauteuil ?

Oui, les fondamentaux sont les mêmes, ce sont les yeux, l’intégration des données. On a un certain nombre d’éléments, il faut se déplacer vers la balle et faire en sort que le plan de frappe soit le bon. On est habitué à garder les yeux sur la balle sauf qu’avec un fauteuil qui est toujours en mouvement, on est parfois dos à la balle ou dos au filet. Et pourtant, il faut l’accepter. Il y a des paramètres à intégrer et il faut quelques années pour être le meilleur. Mais ça reste le même amour pour la balle jaune.

Il y a 3 ans, vous nous aviez montré votre tout nouveau fauteuil, il est toujours d’actualité ?

C’est toujours mon fauteuil, oui, mais on a travaillé sur des points d’amélioration. Actuellement, on travaille avec Michelin car ils possèdent une base de données incroyable, notamment dans le déplacement et dans la résistance au déplacement. Quand les roues sont très gonflées, on va glisser, on va perdre en vitesse et en adhérence. Au départ, je m’étais mis très bas, près de mes roues mais je me suis rendue compte qu’on voyait moins bien la ligne de fond, ça tombe plus au service… Il y a une certaine adéquation à trouver.

On a l’impression que ce fauteuil peut avoir des utilisations multiples…

Chaque fois que je réfléchis, je réfléchis selon l’approche de la conception universelle. Plutôt que de répondre à un besoin pour une personne en particulier, je me demande comment un produit pourrait servir à tous. Typiquement, pour mon fauteuil, le but serait que tout le monde puisse s’assoir dessus et jouer. On pourrait imaginer un sport qui se joue sur une roue. Moi je pratique un sport qui, par le règlement, est réservé aux déficients. Mais non, nous on a envie de partager, de vivre ensemble et que ce sport ne soit pas réservé à une vie où chacun est dans une case.

Votre idée c’est donc de créer un sport à part entière, pour tous ?

L’idée, c’est ça. Un sport vecteur de communication. J’ai joué au rugby-fauteuil il n’y a pas si longtemps, tout le monde a joué ensemble et à la fin du match on était contents d’avoir partagé un moment, de vivre ensemble. Ca évite de faire le distinguo entre valide et invalide. Si on veut utiliser le sport comme vecteur de communication, il faut utiliser les critères de ce monde et bouger les limites, sinon on reste dans notre case.

Mettre les choses dans des cases, c’est français ou les Anglo-saxons ont un peu d’avance ?

C’est en fonction des cultures. Les Anglo-saxons ont un peu d’avance sur le sujet car ils inventent des choses farfelues. Aujourd’hui, où est-ce qu’on met un pilote de chasse qui aurait été opéré des yeux ? Il y aura toujours des inégalités, mais on peut essayer de faire le plus possible ensemble.

 La fédération de tennis a repris le tennis en fauteuil et essaye de développer le tennis santé… C’est une bonne chose ?

Moi je suis ambassadeur de l’opération balle jaune, on use et on recycle les balles. A Roland-Garros par exemple on a nos fauteuils et les enfants veulent monter dessus. C’est une approche intéressante. Je pense qu’on peut changer des regards avec le sport, en faisant passer le message sous une forme amicale, culturelle et non pas compassionnelle.

Le fait que le tennis en fauteuil soit l’un des sports les plus spectaculaires, c’est encourageant ?

Clairement. Et c’est d’abord grâce à Philippe Chatrier car c’est lui qui a créé un département fauteuil au sein de la fédération internationale de tennis. Aujourd’hui, on a des tournois mixtes, un calendrier avec les 4 Grand Chelem, un ATP500 et Master1000 avec Rome. L’idée ce serait que chaque tournoi du circuit ATP et WTA ait un tableau réservé au tennis en fauteuil. Organiser un tableau supplémentaire, on peut le faire demain, ce n’est pas un budget énorme. Celui qui veut défendre cette idée, il y va.

Pour finir, un petit pronostic pour ces Internationaux de Strasbourg 2018 ?

On fait des pronostics de cœur. Je dis toujours que celui qui gagne à la fin, c’est le tennis.

PROPOS RECUEILLIS PAR LOUISE AMRHEIN

Crédit photo : Cyril Gife

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Jonathan