Il est ce que j’aimais voir dans le foot. Un talent qui s’est forgé sur place et porteur d’un message. Né au Sénégal, il apprend l’école de la vie à Mulhouse et l’école du foot à Strasbourg, dès 14 ans. Une fierté locale qui osait à peine le reconnaître. Sourire en coin masqué quand il recevait son maillot floqué « 100 », presque gêné de l’attention qui se portait sur lui. Il incarnait le Racing. Il avait une étiquette « identité » sur le front depuis deux ans tant les supporters aimaient le prendre en exemple pour choyer leur club. Le garant d’un espoir pour les autres alsaciens, d’une exemplarité, d’un football talentueux mais dépensier.
Au départ attaquant, il a progressivement évolué à un poste de milieu récupérateur avec les U17, avant de remonter en relayeur. Mais Diarra aurait même pu jouer latéral ou dépanner dans les cages, comme l’avait fait Olivier Giroud en octobre 2023. C’est ce genre de joueur que l’on a eu le plaisir de découvrir. Un joueur qui se bat sans faire semblant, qui donne sans compter, qui s’acharne sans relâche, qui s’élève sans crainte et qui embrase la Meinau sans rancune. C’est lui, micro en main et fier de porter le brassard, qui avait pris la parole devant le Kop en janvier pour réclamer un soutien intégral. Il n’a pas été écouté mais s’est montré à la hauteur jusqu’à son dernier match.
Il jouera sûrement une plus belle Europe ailleurs
Je le sentais parfois trop impliqué dans les joutes verbales des matches à fort enjeu, mais c’était sûrement sa façon à lui de nous montrer à quel point il respectait son nouveau statut, à quel point il aimait ce brassard. Lui le gamin de Mulhouse devenu le plus jeune capitaine de l’histoire du Racing. Beaucoup de clubs ont eu ces joueurs aux trajectoires locales qui restent des décennies. À Strasbourg, Diarra n’a vécu que quatre saisons avec l’équipe première mais aura presque tout connu. Du centre, des luttes pour le maintien, au brassard en passant par le cap des 100. Il ne lui manquait plus que l’Europe, celle que le Racing s’apprête à jouer sans mais aussi grâce à lui. D’ailleurs il jouera sûrement une plus belle Europe ailleurs.
En tout cas il aurait eu tort de ne pas laisser son talent et sa mentalité s’exporter. La Premier League, un rêve bien sûr. Il retrouvera ses copains Matz et Jean-Jean, se remémorera les bons souvenirs d’Alsace mais donnera surtout un élan à sa prometteuse carrière. C’est toujours particulier de voir partir un gamin que l’on a élevé. Je pense à tous ses éducateurs de la Racing Mutest Académie qui l’observent avec les yeux et la fierté d’un parent. C’était super de l’avoir, c’était super de le voir. Que Habib Diarra s’éclate parce qu’il le mérite ! Et que l’Alsace brille !