À l’approche des 120 ans du Racing, célébrés en novembre, Direct Racing ouvre ses colonnes à celles et ceux qui ont fait le club : anciens dirigeants, joueurs et encadrants, invités à dire ce que le Racing représente pour eux. Le premier à prendre la parole est un grand amoureux du Racing. Supporter depuis l’enfance, Thierry Herrmann a pris en 2012, aux côtés de Marc Keller et d’un groupe d’amis et d’associés, le pari de reprendre un club alors en CFA, au quatrième échelon du football français. Il en a ensuite été dirigeant pendant douze ans, de la reconstruction jusqu’au retour en Ligue 1 et sur la scène européenne. Durant toutes ces années, on l’a côtoyé régulièrement : il a toujours respecté le travail accompli par Direct Racing, anciennement RCS LIVE, et on a gardé pour lui une vraie affection. Voici sa tribune, publiée telle qu’il nous l’a confiée.
Je ne me souviens pas de mon premier match à la Meinau.
Je sais simplement que j’étais très jeune et que c’est mon père qui m’y avait emmené.
Je ne me rappelle ni le score, ni forcément l’adversaire. En revanche, je me souviens de l’ambiance. De mon père qui retrouvait des amis dans les tribunes. De mon grand-oncle qui était là lui aussi. Des discussions, des sourires, du bruit, et surtout de cette impression très particulière de voir des gens heureux d’être ensemble.
Avec le recul, je crois que tout était déjà là.
Le Racing n’était pas simplement un match de football. C’était un lieu où Strasbourg se retrouvait.
Pendant toute mon enfance, j’ai suivi le Racing. J’ai vibré au stade, devant la télévision, à la radio. On en parlait dans la cour de l’école. Le matin, je lisais les DNA, puis L’Équipe. Plus tard sont arrivés les sites internet, les réseaux sociaux, les notifications sur le téléphone.
Les supports ont changé. La passion, jamais.
À Strasbourg, le Racing est probablement l’une des choses qui nous unit le plus. Une sorte de religion parallèle, avec ses rites, ses souvenirs, ses héros, ses grandes joies et parfois ses immenses déceptions.
Quand on est Alsacien, on n’a d’ailleurs presque pas besoin d’expliquer pourquoi on aime le Racing.
Cela semble naturel.
J’ai eu la chance, très jeune, de croiser de grands dirigeants du club qui étaient aussi des amis de ma famille : André Bord, Émile Stahl, Roland Weller, Claude Maxime Weil. Des personnalités qui avaient compris avant beaucoup d’autres ce que représentait ce club pour Strasbourg.
Je garde notamment une phrase d’Émile Stahl qui résume merveilleusement le Racing :
« Le Racing, c’est l’opéra des pauvres. Mais c’est sacrément mieux que l’opéra. »
Je pourrais raconter mille souvenirs.
Mais l’un d’eux reste probablement au-dessus des autres.
Demi-finale de Coupe de France. Strasbourg-Metz à la Meinau. (1995)
Nous gagnons.
J’ai 14 ans.
À la fin du match, mon père me fait une promesse : si Strasbourg va en finale, nous irons ensemble au Parc des Princes.
Il a tenu parole.
Plus de trente ans après, je me souviens encore de ces moments comme si c’était hier. C’est sans doute cela aussi, le football : quelques soirées qui deviennent des souvenirs pour toute une vie.
Puis, beaucoup plus tard, mon histoire avec le Racing a pris une dimension totalement différente.
En 2012, après de longues discussions et beaucoup de réflexions, autour de Marc Keller, de mon meilleur ami Pierre-Emmanuel Weil et de plusieurs autres amis et associés, nous avons décidé que nous ne pouvions pas laisser disparaître le Racing.
Il fallait essayer.
Il fallait reconstruire.
Le hasard du calendrier a d’ailleurs produit une scène assez improbable : nous avons signé le rachat du club le jour même de mon mariage civil à Strasbourg.
D’abord les signatures pour le Racing.
Puis mon mariage.
Et le soir, les nouveaux dirigeants du club étaient quasiment tous présents pour célébrer avec nous.
Ma femme a probablement compris ce jour-là, si elle ne le savait pas encore, la place un peu particulière qu’occupait le Racing dans ma vie.
La suite appartient désormais à l’histoire du club.
Douze années comme dirigeant du Racing ont été pour moi un immense honneur.
Participer au retour du club, accompagner les remontées, retrouver la Ligue 1, vivre une victoire en Coupe de la Ligue, retrouver les soirées européennes : ce sont des moments que je n’aurais jamais imaginé vivre lorsque, enfant, mon père m’emmenait à la Meinau.
Mais quand je regarde aujourd’hui les 120 ans du Racing, ce ne sont finalement pas les trophées ou les classements que je retiens d’abord.
Je pense aux gens.
À ceux qui étaient là avant nous.
À ceux qui ont sauvé, construit et fait grandir ce club.
Je pense évidemment à Marc Keller et à sa famille, et à tout ce qu’ils ont donné au Racing.
Je pense également à cette nouvelle Meinau, devenue l’un des plus beaux stades d’Europe, tout en restant profondément fidèle à ce qu’elle a toujours été : la maison du Racing.
Je pense à ces supporters qui remplissent le stade match après match, depuis des dizaines de rencontres consécutives.
Et surtout, je regarde aujourd’hui mes enfants et mes neveux vibrer pour le Racing.
Je ne leur ai jamais vraiment expliqué qu’il fallait aimer ce club.
Je n’en ai jamais eu besoin.
La transmission s’est faite toute seule.
Exactement comme avec mon père.
C’est peut-être cela que racontent finalement ces 120 ans.
Le Racing a connu des titres, des descentes, des crises, des renaissances, des présidents, des entraîneurs et des générations entières de joueurs.
Mais il a toujours survécu à tout.
Parce qu’au-delà du football, il représente quelque chose de beaucoup plus profond.
Une ville.
Une région.
Une mémoire collective.
Des familles.
Des générations qui se succèdent dans les mêmes tribunes.
Aujourd’hui, le plus important n’est donc pas seulement de célébrer les 120 années passées.
C’est de préserver ce qui rend ce club unique pour les 120 prochaines.
Son unité.
Son identité.
Sa ferveur.
Cette atmosphère extraordinaire de la Meinau.
Et cette capacité à faire battre, le même soir, des dizaines de milliers de cœurs au même rythme.
Et c’est probablement cela, le Racing.
On ne choisit pas vraiment le Racing.
On le reçoit. On le vit. Et puis on le transmet.
Alors à vous, Benjamin, Paul, Oscar, Ruben, Matthew et Léonard : soyez toujours fidèles à nos valeurs.
Celles de l’Alsace.
Celles de la fidélité, du travail, de la solidarité, de l’humilité et de la transmission.
Celles du Racing.
Thierry Herrmann, ancien dirigeant du Racing Club de Strasbourg Alsace
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