Nous nous sommes entretenus avec le journaliste Gauthier Kunztmann qui a suivi l’épopée du RCSA en Ligue Conférence pour un documentaire diffusé dimanche soir sur CANAL+. Entretien.
Ses caméras vous ont peut-être échappé dans les travées de la Meinau et des stades européens dans lesquels le Racing s’est rendu, mais CANAL+ était au cœur de l’épopée du club en Ligue Conférence. Dans le documentaire « Strasbourg, rêve d’Europe » diffusé ce dimanche à 22h10, le parcours strasbourgeois est raconté du premier déplacement à Bratislava à la désillusion en demi-finale face au Rayo Vallecano, à travers des images inédites et des échanges avec plusieurs acteurs. Pour en savoir davantage, nous avons interrogé celui qui a pensé le documentaire de A à Z, le journaliste Gauthier Kuntzmann. Alsacien pure souche, il officie notamment pour le Canal Champions Club et le Canal Football Club. Entretien.
Dans quel état d’esprit es-tu à quelques jours de la sortie du documentaire ?
C’est une aventure de 8 mois, on a démarré la veille du tout premier match de Ligue Conférence à Bratislava. Je travaille sur le documentaire depuis des mois et il y a un peu d’impatience et d’excitation de le voir dimanche soir sur CANAL+ et d’avoir les premières impressions des téléspectateurs et des suiveurs du Racing Club de Strasbourg.
À quel moment as-tu eu l’idée de faire ce documentaire ?
Je souhaite faire mon premier documentaire depuis des années. J’ai commencé à avoir l’idée après la dernière journée de Ligue 1 la saison dernière. On a commencé à en discuter au club le soir du match aller du barrage contre Brondby, en août. Il y a eu un premier retour positif de la part du club et côté Canal. On a finalisé l’accord après la qualification contre Brondby pour mettre tout ceci en place à partir de septembre.
Toutes les planètes étaient alignées : Strasbourg retrouve la Coupe d’Europe 20 ans après avec une équipe ambitieuse, c’est un droit fort sur Canal, c’est mon club de cœur… C’était le bon moment de se lancer. Nous avons suivi les rencontres de l’intérieur, en immersion avec un journaliste reporter d’images (comprenez un journaliste qui tient la caméra et filme les séquences, il s’agit de Paul Georgel, ndlr) qui a suivi l’équipe lors des voyages en Europe et dans l’intimité des vestiaires. Le club a joué le jeu et nous a ouvert toutes les portes.
Être avec l’équipe de l’intérieur permet-il de la voir différemment ?
On voit des choses que le grand public ne voit pas, on comprend mieux certaines choses et vous le verrez très bien dans le documentaire. Que ce soit un évènement positif ou négatif, nous avons des échanges très constructifs avec les acteurs. J’ai en tête l’histoire du pénalty à Aberdeen entre Joaquin Panichelli et Ismaël Doukouré, on a une séquence dans les couloirs du stade où l’adjoint de Liam Rosenior, Kalifa Cissé, explique à Doukouré qu’il aurait dû laisser tirer Panichelli. En l’espace de 40 secondes, on voit que l’affaire est vite désamorcée et cette discussion de vestiaire permet d’aplanir rapidement la situation.
Ce qui m’a marqué, c’est de sentir le groupe qui a pris forme au fil des semaines. Avec des joueurs qui sont très concernés par le projet, même si on peut lire des choses contraires. Je trouve que les joueurs ont pris conscience de ce moment historique pour le club et leur carrière, ils ont croqué à pleines dents dans cette aventure européenne.
Le fait de ne pas aller en finale a-t-il changé tes plans ?
Non parce que l’aventure était déjà une réussite. Strasbourg a réalisé son meilleur parcours européen en atteignant les demi-finales. Puis on était dépendants du parcours du Racing donc on n’anticipait pas ce qu’on allait faire sur une éventuelle finale. Ce qui est sûr, c’est qu’on aurait enlevé certains passages auparavant si le club avait été en finale. Certains moments prennent plus de place que d’autres, comme le quart de finale retour contre Mayence (4-0, 4-2 au cumulé) qui va marquer l’histoire du club et des gens qui ont vécu ce match. À l’inverse on avait tourné des images contre Breidablik (J6 et dernière journée de saison régulière) mais ce match n’a pas beaucoup d’importance dans la saison car Strasbourg était déjà qualifié, alors on a décidé de ne rien montrer et d’aller plus vite sur le reste. Il y a toujours une petite frustration personnelle de tourner une séquence qu’on ne garde pas au montage, mais vous verrez toutes les meilleures séquences dans le documentaire.
En revanche il y a eu de sacrés imprévus dans la saison à intégrer au récit (départs de Rosenior et Sarr, épisodes Emegha, blessure Panichelli…)
La saison a été animée mais il a fallu traiter ces épisodes à travers le prisme de la Coupe d’Europe. On raconte l’épopée européenne du club alors il fallait expliquer l’impact de ces évènements sur le parcours européen. Certaines choses n’étaient pas simples à raconter, comme Emanuel Emegha avec ses différentes blessures car on l’a très peu vu en Coupe d’Europe sur certaines périodes.
À quoi faut-il s’attendre sur la forme ?
C’est un documentaire en immersion sur l’équipe. Pour prendre de la hauteur sur les évènements, on a réalisé plusieurs interviews avec les différents acteurs du club pour revenir dans le détail sur certains moments. On a aussi des tournages annexes pour montrer la vie d’effectif en dehors des jours de match (Samir El Mourabet dans son premier club à la cité de l’Ill, départ de Rosenior, suivi du président dans ses nouveaux bureaux, sortie à EuropaPark avec les joueurs pour la fête de Noël…).
Quel joueur s’est senti le plus à l’aise avec les caméras toute la saison ?
Bien sûr, des joueurs ont plus de facilité avec la caméra que d’autres. Il y a des personnages qui reviennent plus, soit parce qu’ils sont importants sur le terrain soit parce qu’ils le sont dans la vie de groupe. Un joueur m’a marqué par son expérience et son leadership : Ben Chilwell. On se rend compte au fil de la compétition qu’il prend la parole et joue son rôle.
Y a-t-il des joueurs que l’on va redécouvrir avec ce documentaire ?
En plus de Ben Chilwell, d’autres sont intéressants à découvrir. Emanuel Emegha, malgré les critiques, c’est un joueur qui parle plusieurs langues et fait le lien entre les différents joueurs. On comprend mieux son rôle de capitaine de l’intérieur. Un autre joueur qui est solaire sur le terrain et en dehors, c’est Diego Moreira. Il est drôle, a toujours le sourire et le petit mot sympa pour la caméra. C’est un élément important dans la vie de groupe.
De quoi es-tu le plus satisfait dans ce documentaire d’une heure ?
Je suis très heureux que Strasbourg ait accepté de nous ouvrir ses portes car il ne l’avait jamais fait. Je tiens à remercier le club et son président Marc Keller d’avoir joué le jeu malgré les péripéties de la saison. On a travaillé dans d’excellentes conditions donc c’était un plaisir. Il y a eu beaucoup de bruit autour du Racing cette saison, pour des bonnes ou des mauvaises raisons. Je suis satisfait que l’on puisse montrer une autre facette du changement de dimension du club. Cette équipe est insouciante et les joueurs ont rêvé d’aller en finale de Coupe d’Europe. Remercions CANAL+ d’avoir pris le pari de lancer un documentaire sur le Racing Club de Strasbourg. Et il y a la satisfaction personnelle de mettre en lumière un club qui m’est cher puisque je suis Alsacien et j’ai vécu mes premières émotions footballistiques à la Meinau. Pouvoir allier les deux était magnifique. J’espère que ça vous plaira.
« Strasbourg, rêve d’Europe » est diffusé dimanche 7 juin à 22h10 sur Canal+ Premium.











