Sanctionné par l’UEFA à hauteur de 13 millions d’euros, le Racing Club de Strasbourg n’est pas pour autant dans une situation financière inquiétante. Contacté par Direct Racing, le club a tenu à rappeler plusieurs éléments importants pour comprendre cette décision, notamment la différence fondamentale entre la lecture de la DNCG et celle de l’instance européenne.
La DNCG analyse la situation d’un club avant la saison à venir. L’UEFA, elle, raisonne sur les trois dernières années civiles. Deux instances, deux approches et donc deux lectures différentes. Sur le plan de la solidité financière pure, le Racing assure être parfaitement armé. Le club dispose aujourd’hui de fonds propres très importants, seuls ceux du Paris Saint-Germain étant supérieurs en Ligue 1.
Cette sanction ne remet donc pas en cause la capacité du Racing à poursuivre son projet, ni la présence et l’investissement de BlueCo à Strasbourg.
Le « squad cost ratio », point central du dossier
Le problème ne vient pas d’un déficit global qui aurait échappé au contrôle du club. Sur ce point, le Racing est dans les clous. Le sujet concerne surtout le « squad cost ratio », un indicateur utilisé par l’UEFA pour mesurer le poids des coûts liés à l’équipe première.
Concrètement, l’ensemble des dépenses liées au groupe professionnel — salaires, charges, amortissements de transferts et autres coûts associés — ne doit pas dépasser 70 % des revenus du club. C’est sur ce ratio précis que le Racing a été rattrapé.
Non pas parce que le club serait en danger, mais parce que certains revenus attendus n’ont pas encore pu pleinement entrer dans le calcul de l’UEFA.
Une année 2025 lourdement impactée par les travaux de la Meinau
L’un des éléments majeurs de ce dossier concerne le stade de la Meinau. L’année 2025 a été fortement impactée par les travaux de rénovation de l’enceinte strasbourgeoise. Or, le calcul de l’UEFA se fait sur des années civiles et non sur des saisons sportives.
Le Racing n’a donc pas pu bénéficier d’une année complète d’exploitation de son stade rénové. Sur cette période, le club n’a généré « que » 25 millions d’euros de revenus liés à la Meinau. Avec la rénovation terminée, le Racing estime pouvoir atteindre entre 45 et 50 millions d’euros par saison grâce à son stade.
Cette différence a pesé lourd dans le calcul européen. En clair, le club a été jugé sur une période où l’un de ses principaux leviers de revenus n’avait pas encore pleinement produit ses effets.
Des investissements importants, des ventes encore insuffisantes
L’autre facteur important concerne le marché des transferts. Depuis l’arrivée de BlueCo, le Racing a fortement investi dans son effectif afin d’accélérer son développement sportif. Le club a commencé à vendre de manière significative lors du dernier mercato estival, mais ces ventes n’ont pas suffi, sur la période observée par l’UEFA, à compenser l’ensemble des investissements engagés.
Dans son calcul, l’instance européenne prend notamment en compte la moyenne des plus-values réalisées sur les transferts au cours des trois dernières années. Et sur cette période, les ventes réalisées par le Racing n’ont pas encore permis d’équilibrer totalement les investissements consentis.
Le club avait conscience de ce risque. De longues discussions ont eu lieu avec l’UEFA et cette éventuelle sanction avait été anticipée en interne. Elle reste évidemment embêtante, mais elle n’est pas vécue comme une surprise.
Un choix stratégique assumé
Le Racing s’est retrouvé face à deux possibilités. Avancer plus prudemment, en investissant petit à petit, avec le risque de retarder son retour vers les compétitions européennes. Ou investir plus fortement dans son effectif afin d’augmenter rapidement le niveau sportif, la visibilité du club et sa capacité de projection à moyen terme.
Le club a choisi cette deuxième voie. Celle d’un développement accéléré, avec des investissements importants, mais aussi avec le risque de se heurter temporairement aux règles strictes de l’UEFA.
Dans ce contexte, l’effondrement des droits TV en Ligue 1 n’a évidemment pas aidé. Pour le Racing, les revenus audiovisuels se situent autour de 6 millions d’euros, un montant très faible pour un club engagé dans un projet de développement ambitieux. Cette baisse des recettes télévisuelles a réduit la marge de manœuvre dans le respect des ratios européens.
Une sanction lourde, mais pas un coup d’arrêt
Cette amende de 13 millions d’euros est donc la conséquence d’un ensemble de facteurs : une année 2025 pénalisée par les travaux de la Meinau, des revenus stade encore incomplets dans le calcul, des investissements importants sur le marché des transferts, des ventes encore insuffisantes sur la période observée et un contexte défavorable lié aux droits TV.
Pour autant, le message du club est clair : cette sanction ne change rien au projet du Racing. Elle ne remet pas en cause l’investissement de BlueCo, ni la volonté de poursuivre le développement du club.
Le Racing estime être dans une trajectoire maîtrisée. Avec la montée en puissance de la Meinau rénovée, des revenus structurels appelés à augmenter et une politique de transferts désormais plus équilibrée, le club veut rentrer durablement dans les clous du règlement UEFA.
L’amende est importante, mais elle ne traduit pas une fragilité économique du Racing. Elle illustre surtout le décalage entre un projet sportif accéléré, des investissements lourds et un règlement européen strict, calculé sur une période où le club n’a pas encore pu bénéficier pleinement de ses nouveaux leviers de revenus.











