Deux clubs qui ont dépensé sans compter cet été, deux projets qui ne se ressemblent pas. Sur le plateau du SAV de la Ligue 1, la question a été posée sans détour aux journalistes présents : si vous étiez joueur aujourd’hui, vous signeriez où ? Les réponses disent beaucoup de ce qu’est devenu le football de Ligue 1.
Le jeu est simple, et un peu cruel. Cet été, le Paris FC et le Racing ont réalisé d’importants investissements, estimés à 80 à 90 millions d’euros à eux deux, ce qui en fait les deux gros dépensiers du championnat derrière le PSG. Deux clubs ambitieux, deux propriétaires qui voient loin, deux effectifs renouvelés. Alors, en tant que joueur, lequel choisir ? Autour de la table, le vote n’a pas été unanime, et c’est ce qui rend l’exercice intéressant.
Le choix de la raison : Paris FC
Smaïl Bouabdellah n’a pas hésité longtemps. Le Paris FC, pour lui, c’est le projet « plus stable », pensé « sur la durée », encore « en construction » et donc avec de la marge. Avec, en prime, un argument financier : potentiellement plus d’argent sur le long terme. Et un argument très personnel, qu’il a assumé en souriant : la proximité de Paris, et le fait qu’il aime le rugby. On ne choisit pas toujours un club pour des raisons purement sportives.
Thibaut Giangrande a rejoint le camp parisien pour les mêmes raisons de fond : un projet qui se construit sans précipitation, avec des moyens, et une trajectoire qui semble tracée pour plusieurs saisons. Le choix de la sécurité, en somme, dans un football où elle est rare.
Le choix du cœur : le Racing
Nicolas Vilas, lui, a pris l’autre direction, et il a des arguments qui ne tiennent pas dans un tableau Excel. D’abord un constat sur le Paris FC : un club qui change beaucoup de joueurs, un club « tremplin » avant tout, où l’on ne s’installe pas forcément. Ensuite, et surtout, tout ce que Strasbourg a et que Paris n’a pas encore : la ville, la ferveur, une identité forte, et une ambiance de stade qu’il a qualifiée de « dingue ».
Ce n’est pas une position théorique. Nicolas Vilas a vécu de l’intérieur la montée du Racing de National en Ligue 2, à une époque où le club repartait de tout en bas. Quand on a connu ça, la Meinau pleine un samedi de Ligue 1 contre Monaco ne se compare pas à un projet sur PowerPoint, aussi solide soit-il.
La synthèse : tout dépend de l’âge
C’est Jonathan Helbling, journaliste Direct Racing, qui a mis tout le monde d’accord, ou presque, en déplaçant la question. Le bon choix ne dépend pas du club. Il dépend du joueur.
Un joueur de 25 ans, qui cherche à se poser, à s’installer dans un projet et à jouer plusieurs saisons au même endroit, a de bonnes raisons de regarder vers le Paris FC. Un jeune de 19 ou 20 ans, qui veut être vu, progresser vite et rebondir plus haut, a toutes les raisons de choisir Strasbourg. L’exemple est venu tout seul : Diego Moreira, arrivé à la Meinau à 20 ans et parti à l’AC Milan cet été. Le Racing comme accélérateur de carrière, le Paris FC comme point d’ancrage. Deux offres différentes pour deux moments d’une vie de footballeur.
La réalité derrière le jeu
Sauf que la frontière est moins nette qu’elle n’en a l’air, et les participants l’ont reconnu eux-mêmes en fin de débat. « Stabilité » d’un côté, « tremplin » de l’autre, c’est une jolie opposition sur un plateau. Dans les faits, un joueur qui réalise une bonne saison au Paris FC recevra exactement les mêmes sollicitations que s’il l’avait réalisée à Strasbourg. Les clubs qui recrutent regardent les performances, pas le nom du projet.
Autrement dit, le joueur qui choisit Paris pour se poser risque de se voir proposer de repartir au bout d’un an, et celui qui choisit Strasbourg pour rebondir peut très bien y rester s’il s’y sent bien. Le football moderne a rendu tous les clubs un peu tremplins, y compris ceux qui se rêvent en destination finale. Reste alors ce qui ne se négocie pas dans un contrat : la ville, le stade, la ferveur. Sur ce terrain-là, Nicolas Vilas n’avait pas tort de ne pas hésiter.
Le débat complet est à revoir en vidéo sur la chaîne de Ligue 1+.








