C’est le football, de toute façon. Longtemps on pourra se demander comment cette équipe a pu se transcender et bonifier tous ses ballons un soir de Coupe d’Europe avec un retard de deux buts, et produire un match à l’envers six jours plus tard contre une équipe avant tout concentrée sur le maintien en Ligue 1. Chacun se refera le film dans sa tête en essayant de trouver des raisons. Les manqués de Martial Godo ou Julio Enciso, l’arrêt extraordinaire de Maxime Dupé sur le Paraguayen, le tacle non maîtrisé d’Ismaël Doukouré… Ce n’est sans doute rien de tout cela. Pourtant le fil rouge était clair. Tous les cadres étaient laissés au repos le week-end pour garder toutes les forces vives contre Nice le mercredi. Le ballon a longtemps circulé dans le camp adverse mais il a manqué la folie du dernier geste qui les a tant porté cette saison. Strasbourg tombe de haut. La voie semblait tracée pour un duel magnifique entre les deux Racing, l’ambition inépuisable de ces gamins qui clamaient haut et fort vouloir tout gagner, l’évidente domination du soir qui a simplement permis aux Aiglons de tendre leur piège plus facilement.
Alors au coup de sifflet final les Strasbourgeois se sont allongés, accroupis, agenouillés, les yeux rougis par l’émotion pour Diego Moreira et Martial Godo. Un tour d’honneur et une communion avec les Ultras presque sentencieuse. Seul Andrew Omobamidele s’est présenté à la presse pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Les émotions des autres étaient trop fortes pour porter le message. Désormais il ne reste plus que l’Europe. Je disais la semaine passée qu’en revenant d’aussi loin, l’équipe pouvait aller aussi haut. Ce soir, même après n’avoir rien compris au match de foot auquel j’ai assisté à la Meinau, je le pense toujours. Toutes les promesses du début de saison portent maintenant sur la C4, et cette équipe de fous furieux nous obligera à y croire. Même si on ignore tout de leur capacité de rebond après avoir effleuré une finale de Coupe de France. Cette saison est la saison de toutes leurs premières (pour la plupart des joueurs). Après leur première sensation forte européenne, voici leur première désillusion à un match d’un titre. Le format aller-retour laisse place à l’erreur, le match sec à élimination directe est impitoyable. Cette équipe nous offre des émotions tellement contradictoires mais ne nous rend jamais indifférents. Et je crois que c’est le plus beau des sentiments.









