À l’approche du déplacement à Brest, Gary O’Neil est revenu sur un sujet qui a pesé lourd dans la fin de saison du Racing : la fatigue de son groupe. Une fatigue parfois étonnante au premier regard, puisque Strasbourg s’appuie sur de nombreux joueurs très jeunes. Mais pour le coach anglais, l’âge ne suffit pas à tout expliquer. Ce qui compte aussi, c’est l’expérience de ces enchaînements, la répétition des grands matchs et la pression mentale.
Interrogé sur la comparaison avec les grands clubs européens, dont certains cadres disputent eux aussi 50 matchs ou plus dans une saison, Gary O’Neil a d’abord rappelé une évidence : beaucoup de joueurs strasbourgeois découvraient ce rythme.
“Simplement parce qu’ils ne l’avaient jamais fait auparavant. Ils n’avaient jamais joué autant. Samir, c’est vraiment sa première saison. Et nous lui avons demandé de jouer énormément de matchs.”
L’entraîneur du Racing a aussi souligné le calendrier très chargé de son équipe, engagée longtemps sur plusieurs tableaux.
“Peut-être que nous avons joué le plus de matchs en Ligue 1 cette saison, peut-être plus que tout le monde. Le PSG a évidemment beaucoup joué aussi, mais ils ne sont pas allés aussi loin que nous en Coupe de France. Donc c’est possible que nous ayons joué le plus de matchs du championnat. Je n’ai pas vérifié.”
Pour Gary O’Neil, la jeunesse permet de récupérer physiquement plus vite, mais elle ne protège pas de l’usure mentale. Surtout lorsque les rencontres à enjeu s’enchaînent tous les trois jours.
“Avec un groupe jeune, on se dit : ils sont jeunes, ils vont récupérer vite. Ils récupèrent vite, oui. Mais mentalement, c’était un immense défi pour eux. Gros match, gros match, gros match.”
Le coach a pris l’exemple de Samir El Mourabet, passé très rapidement d’un contexte de formation à une saison à très haute intensité.
“Il n’y a pas si longtemps, Samir jouait avec l’équipe réserve ou les moins de 21 ans. Ce n’est pas la même chose. C’est très, très différent.”
O’Neil estime malgré tout que ses joueurs ont globalement bien répondu, même s’il a dû énormément les accompagner et gérer leurs temps de jeu.
“Ils s’en sont bien sortis, pour être honnête. J’ai dû beaucoup les aider. Comme vous le savez, j’ai beaucoup changé l’équipe.”
Il a ensuite comparé Strasbourg à d’autres formations européennes plus expérimentées, capables de répéter les mêmes onze de départ parce que leurs joueurs ont déjà vécu ce rythme.
“Si vous regardez Crystal Palace, le Rayo Vallecano ou le Shakhtar, ces équipes jouaient pratiquement avec la même équipe dimanche, jeudi, dimanche, jeudi, parce que leurs joueurs ont 27 ou 28 ans. Ils font ça depuis des années.”
À Strasbourg, le contexte était différent.
“Ce groupe avait besoin d’aide pour gérer cela. Je devais essayer d’être intelligent dans ce que nous faisions. Et quand vous ajoutez les blessures à cela, c’est devenu difficile.”
Malgré l’absence d’Europe la saison prochaine, Gary O’Neil refuse de réduire la saison du Racing à cette déception. Il sait que le jugement final portera sur la qualification européenne manquée, mais il veut aussi rappeler les progrès individuels réalisés par plusieurs joueurs.
“Les garçons ont très bien géré. Je suis très content d’eux. Je sais que nous serons jugés à la fin sur le fait de nous être qualifiés pour l’Europe ou non, et je l’accepte.”
Mais selon lui, il faut aussi regarder plus loin que le simple résultat final.
“Si vous regardez un peu plus en profondeur certaines belles histoires de cette saison, et la manière dont certains joueurs ont performé sous haute pression, cela a été une année fantastique pour beaucoup d’entre eux.”
Gary O’Neil a notamment cité plusieurs exemples.
“Mike Penders a été exceptionnel. Barco aussi a été reconnu, je crois, pour certaines distinctions. Samir a réalisé une excellente première saison. Guéla Doué a encore grandi. Doukouré, surtout depuis mon arrivée, a affiché un niveau de régularité exceptionnel.”
Le coach a également mis en avant Omobamidele, davantage responsabilisé cette saison, ainsi que les jeunes ayant découvert la Ligue 1.
“Je ne pense pas que Doukouré ait déjà fait cela auparavant. Omobamidele était souvent dans et hors de l’équipe, il a eu quelques blessures, mais il a joué beaucoup de matchs, beaucoup de minutes. Il y a eu aussi des jeunes qui ont débuté. Beaucoup de bonnes choses.”
La grande frustration reste évidemment la même : le Racing voulait retrouver l’Europe, et il n’y est pas parvenu.
“Malheureusement, la grande chose que nous voulions tous, c’était l’Europe, et nous n’y sommes pas tout à fait arrivés.”
Mais Gary O’Neil veut retenir le travail effectué par son groupe.
“Derrière cela, il y a beaucoup de bon travail réalisé par les joueurs. Je suis donc très fier d’eux.”
Ce qui ne l’empêchera pas de continuer à les secouer quand il le juge nécessaire.
“Cela ne veut pas dire que je ne serai pas parfois en colère contre eux, parce que je le serai. Mais la plupart du temps, je suis très fier de ce qu’ils ont produit.”
Désormais, il reste deux matchs au Racing pour terminer correctement une saison éprouvante.
“Nous allons essayer de finir le travail avec deux nouvelles performances.”
Le message de Gary O’Neil est clair : Strasbourg a échoué dans sa quête européenne, mais cette saison a aussi permis à un jeune groupe de grandir très vite. Trop vite, peut-être, par moments. Le Racing devra apprendre de cette fatigue, de ces blessures et de ces limites pour construire un effectif plus profond, plus expérimenté et mieux armé dès la saison prochaine.












