Ils avaient passé la semaine à dire le contraire. Jeudi, Hugo Oliveira avait balayé l’idée d’un duel personnel : ce déplacement à Jean-Bouin n’était pas un match contre Liam Rosenior, juste un match contre le Paris FC. Vendredi, l’intéressé avait répondu sur le même ton, avec des mots très chaleureux pour Strasbourg. « Je voudrais toujours que ce club se porte bien. »
Ce samedi, au coup de sifflet final, le club en question venait de s’incliner 2-1 sans avoir existé, et Liam Rosenior n’a rien caché du tout. Poing serré, bras levés, il a fêté la victoire de son équipe comme on fête rarement une 5e journée de championnat. Puis il s’est tourné vers le parcage strasbourgeois pour aller le chambrer. Les esprits se sont échauffés dans la foulée, joueurs et staffs mêlés au milieu du terrain, et il a fallu quelques minutes pour que tout le monde redescende.
Deux ans de contentieux
Pour comprendre la scène, il faut remonter avant samedi. Ce que les supporters strasbourgeois reprochent à Liam Rosenior tient en deux griefs, et ils sont connus. Le premier, c’est un départ en cours de saison : l’entraîneur qui avait ramené le club en Coupe d’Europe a quitté la Meinau en plein exercice pour prendre Chelsea, où il n’a tenu que 104 jours. Le second est plus douloureux : ils lui attribuent le rappel de prêt de Mamadou Sarr, parti renforcer Chelsea alors qu’il tenait la défense alsacienne. Un club qu’on quitte, puis qu’on affaiblit — la rancune n’avait pas besoin d’autre carburant.
Elle s’est exprimée pendant quatre-vingt-dix minutes, et elle est allée trop loin. Un chant injurieux visant l’entraîneur parisien a fait interrompre la rencontre le temps d’un message du speaker, conformément au protocole en vigueur en Ligue 1. Personne, côté Racing, ne défendra ce chant. Le club sera peut-être sanctionné pour ça, et il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas.
Un entraîneur n’est pas un supporter
Tout le monde aurait pourtant pu en rester là. Le match avait repris, le protocole avait fait son travail, le calme était revenu. C’est au coup de sifflet final que l’entraîneur du Paris FC a passé une ligne. Pas parce qu’un chambrage serait interdit — un stade vit de ça, et l’homme venait de battre son ancien club. Mais parce qu’il était, samedi, le mieux placé de tous pour savoir dans quel état se trouvait cette tribune, et pourquoi. Répondre au parcage à cet instant, c’est rallumer précisément ce que l’arbitre venait d’éteindre.
Un entraîneur n’est pas un supporter. Il n’a pas droit à la même impulsivité, et Liam Rosenior, qui avait passé la semaine à expliquer qu’il n’avait aucun compte à régler avec Strasbourg, le sait mieux que personne. Il n’y a rien à sauver dans cette fin de match : ni les chants, qui ont arrêté une rencontre de Ligue 1, ni les gestes d’un homme dont le métier était justement de ne pas y répondre.
Un tir cadré en tout
Reste que le Racing n’a aucune circonstance atténuante à chercher du côté de l’ambiance. La partie sportive ne prête à aucune discussion. Pas un tir en première période. Cinq tirs sur l’ensemble du match, dont un seul cadré, face aux dix-sept du Paris FC. Zéro corner obtenu. Un total d’occasions attendues de 0,23 contre 1,02 aux Parisiens, soit le genre d’écart qu’on retrouve quand une équipe n’approche jamais le but adverse. Le seul chiffre flatteur du soir tient dans une statistique absurde : cet unique tir cadré est rentré.
Même la possession, 52-48 pour Paris, ne raconte pas une domination strasbourgeoise stérile : le Racing n’a ni eu le ballon, ni su quoi en faire quand il l’avait. Une semaine après avoir tenu Monaco en échec à la Meinau, l’équipe d’Hugo Oliveira a livré sa prestation la plus pauvre depuis le 0-4 du Vélodrome.
Battue sur le terrain, la tête ailleurs à la fin. Le match aller n’était peut-être pas contre Liam Rosenior. Le retour, à la Meinau, le sera.









