Lorsque, l’été dernier, le Racing s’est qualifié pour la Ligue Conférence et qu’un certain Marc Keller me glissait à l’oreille qu’il souhaitait voir le club atteindre la finale de la compétition, je l’ai pris à la légère. Je savais que le chemin serait long, exigeant, semé d’embûches. Avec les nombreux départs et arrivées, la mayonnaise allait-elle prendre ? Personne ne pouvait vraiment le savoir.
C’est d’ailleurs le point qui m’a toujours inquiété dans ce projet : les fortes rotations qui peuvent exister chaque été au sein du club alsacien. Construire, déconstruire, reconstruire. Repartir avec de nouveaux visages, de nouvelles idées, de nouveaux équilibres à trouver.
Et pourtant.
Malgré une saison de Ligue 1 en dents de scie, malgré les blessures, malgré les doutes, le Racing est désormais à une marche d’une finale européenne. Certes, ce n’est peut-être pas la Coupe d’Europe la plus prestigieuse, la plus excitante ou la plus “sexy”. Mais cela reste une Coupe d’Europe. Et pour Strasbourg, cela veut dire énormément.
Il suffit d’avoir vu l’engagement, l’intensité et l’envie mises par les joueurs du Rayo Vallecano lors du match aller pour comprendre que cette compétition n’a rien d’anecdotique. Les Espagnols l’ont prise au sérieux. Très au sérieux. Et jeudi soir, à la Meinau, ils viendront défendre leur avance avec tout ce qu’ils ont.
Alors oui, le Racing Club de Strasbourg est mené 1-0 avant d’entamer ce match retour. Mais finalement, qu’est-ce que cela change vraiment ? Être à égalité ou être mené d’un but, dans un match pareil, ne modifie pas l’essentiel : si Strasbourg veut rejoindre Leipzig, il devra marquer. Il aurait fallu marquer quoi qu’il arrive, sauf à tout miser sur les tirs au but, cette loterie cruelle où les rêves peuvent s’éteindre en une fraction de seconde.
Après l’exploit retentissant réalisé face à Mayence au match retour, avec ce 4-0 resté dans toutes les mémoires, le peuple bleu attend de nouveau quelque chose de grand. Une nuit européenne. Une vraie. Une de celles où le stade tremble, où les voix se cassent, où le cœur bat plus fort que la raison.
Mais en face, le Rayo ne facilitera rien. Cette équipe est dure, organisée, intense, parfois étouffante. Les hommes de Gary O’Neil devront trouver la juste mesure : jouer avec le feu sans se brûler, pousser sans se précipiter, croire sans perdre la tête.
Il y a quinze ans, le Racing déposait le bilan et devait redémarrer en CFA2. Aujourd’hui, il peut atteindre une finale européenne.
Rien que cette phrase donne le vertige.
Demain soir, nul doute que des larmes couleront à la Meinau. Reste à savoir si elles seront de joie ou de tristesse. L’émotion sera immense, mais il faudra la contenir pendant 90 minutes, peut-être 120. Il faudra rester lucide au cœur du vacarme. Il faudra jouer, lutter, souffrir, pousser encore.
Et puis viendra le coup de sifflet final.
En espérant qu’il soit synonyme de bonheur pour toute l’Alsace.











