Le football français continue d’avancer dans un brouillard économique épais. Selon les estimations provisoires transmises aux clubs par la LFP pour la saison 2026-2027, les recettes télé resteront très faibles pour les formations de Ligue 1 et de Ligue 2. Elles devraient se maintenir à un niveau proche de l’exercice en cours, mais sans réelle embellie. Un constat préoccupant à l’heure où les clubs doivent préparer leurs budgets et se présenter devant la DNCG.
D’après les projections communiquées, les droits audiovisuels domestiques et internationaux devraient générer 412,2 millions d’euros bruts en 2026-2027. Mais une fois déduites les charges, la part de CVC, l’enveloppe destinée à la Ligue 2 et l’aide aux clubs relégués, le montant net à répartir en Ligue 1 tomberait à 184,1 millions d’euros. Et encore : l’ensemble des 18 clubs ne se partagerait réellement que 112,5 millions d’euros, puisque 71,6 millions d’euros seraient réservés aux clubs disposant d’un indice UEFA.
La comparaison avec l’Angleterre donne le vertige.
Lors de la saison 2024-2025, Liverpool a perçu à lui seul 200,5 millions d’euros de droits TV. Autrement dit, un seul club anglais a touché davantage que le montant net total prévu pour toute la Ligue 1 à répartir en 2026-2027. Arsenal a perçu 196,6 millions d’euros, Manchester City 189,7 millions, Chelsea 187,7 millions. Même Newcastle, avec 183,7 millions, se situe quasiment au niveau de l’enveloppe nette totale de la Ligue 1.
Le contraste est encore plus violent lorsqu’on regarde le bas du tableau anglais. Southampton, dernier de la liste fournie, a touché 125,2 millions d’euros. C’est plus que les 112,5 millions d’euros que les 18 clubs français doivent se partager hors part liée à l’indice UEFA. En clair, le club anglais le moins bien servi en droits TV touche plus, à lui seul, que le socle commun destiné à l’ensemble de la Ligue 1.
Un écart structurel qui fragilise les clubs français
En France, le premier club selon les critères de répartition domestique pourrait espérer environ 11,7 millions d’euros. Le dernier, lui, tournerait autour de 3,6 millions d’euros. En Premier League, le club le moins rémunéré de la saison passée a touché 125,2 millions d’euros. Cela signifie que le dernier club anglais en droits TV gagne plus de dix fois ce que pourrait toucher le club français le mieux servi sur la seule part domestique.
Pour les clubs du bas de Ligue 1, l’écart devient abyssal : Southampton a touché près de 35 fois plus que le dernier club français dans la projection domestique. Voilà ce qui illustre le mieux la différence de puissance entre les deux championnats. La Premier League ne joue plus dans la même catégorie économique.
Cette situation change tout. En Angleterre, les clubs peuvent investir massivement, conserver plus facilement leurs joueurs, recruter cher, payer des salaires élevés et absorber plus sereinement les erreurs sportives. En France, chaque décision devient plus risquée. Une mauvaise saison, un recrutement raté ou une vente manquée peuvent rapidement mettre un club sous tension.
La Ligue 1 dépend encore plus du trading
Le problème est clair : les droits TV ne sont plus un pilier suffisamment solide pour les clubs français. Le football professionnel en France reste donc très dépendant du trading de joueurs. Former, valoriser, vendre : ce modèle devient presque obligatoire pour équilibrer les budgets.
La situation est d’autant plus délicate que les perspectives ne s’annoncent pas franchement meilleures. La chaîne Ligue 1+ doit encore confirmer sa capacité à attirer durablement des abonnés. Les recettes dépendront notamment du nombre d’abonnements, de l’évolution du prix, du retour du neuvième match et d’éventuels droits internationaux supplémentaires. Mais à ce stade, les projections restent prudentes.
La LFP espère générer 170,1 millions d’euros via Ligue 1+, contre 142 millions prévus cette saison, auxquels s’ajouteraient notamment 137,6 millions d’euros de droits internationaux. Mais une grande partie de ces droits internationaux profiterait surtout aux clubs ayant un coefficient UEFA, ce qui nourrit déjà des discussions autour d’une possible nouvelle répartition.
Deux championnats, deux mondes
La comparaison avec la Premier League est brutale. En Angleterre, tous les clubs bénéficient d’un matelas audiovisuel colossal. En France, même les clubs les mieux classés doivent composer avec des recettes beaucoup plus faibles. Cette différence explique en grande partie l’écart de compétitivité, mais aussi la difficulté pour les clubs de Ligue 1 à retenir leurs meilleurs éléments.
Quand Tottenham touche 146,6 millions d’euros, West Ham 150,1 millions, Fulham 155,4 millions ou Brentford 159,2 millions, la Ligue 1, elle, doit répartir une enveloppe très limitée entre ses 18 clubs. Même des formations anglaises de milieu ou de bas de tableau disposent d’une puissance financière très supérieure à celle de la plupart des clubs français.
Ce décalage est devenu un problème central pour le football français. Il ne s’agit plus seulement d’un écart entre grands clubs européens. C’est tout un modèle économique qui se retrouve sous pression. La Ligue 1 doit rester compétitive avec des ressources très inférieures, tout en continuant à former, vendre, se qualifier en Europe et répondre aux exigences de la DNCG.
Une saison 2026-2027 encore sous contrainte
Les clubs français peuvent se rassurer sur un point : les recettes prévues pour 2026-2027 devraient être proches de celles de la saison actuelle. Mais ce maintien reste fragile, en partie rendu possible par une aide de 63,5 millions d’euros venue du fonds de réserve. Ce n’est donc pas une vraie relance, plutôt une stabilisation à un niveau bas.
À court terme, les dirigeants de Ligue 1 devront encore faire preuve de prudence. Les budgets devront être construits sans compter sur une explosion des droits TV. Les clubs devront continuer à vendre, à maîtriser leur masse salariale et à anticiper les risques.
Pendant ce temps, la Premier League poursuit sa route dans une autre dimension. Là où un club français peut espérer quelques millions, un club anglais touche parfois plus de 150 ou 200 millions. La différence ne se joue plus à la marge. Elle est structurelle, massive, et elle conditionne tout : les ambitions, les recrutements, les salaires, la profondeur des effectifs et la capacité à exister durablement sur la scène européenne.












