Interrogé sur le tempérament parfois explosif d’Emanuel Emegha et de Diego Moreira, Gary O’Neil n’a pas cherché à éteindre le feu de ses joueurs. Au contraire. À quelques jours d’un immense rendez-vous européen face au Rayo Vallecano, le coach strasbourgeois sait que son équipe aura besoin de caractère, d’intensité et d’agressivité. Mais il veut aussi que cette énergie reste maîtrisée.
“J’essaie de leur rappeler ce dont on a besoin selon les moments. Parfois, on a besoin de sang chaud. On doit être prêts à se battre.”
Pour Gary O’Neil, le Racing ne peut pas se présenter dans un contexte aussi intense avec trop de gentillesse. À Vallecano, dans un stade difficile, face à une équipe agressive et portée par son public, il fallait répondre présent dans le combat.
“Si on va à Vallecano et qu’on est tous très gentils, ils nous tuent. Donc on doit aussi être prêts à se battre.”
Mais le coach anglais insiste sur une limite à ne pas dépasser. L’intensité ne doit pas faire perdre la lucidité. Et c’est justement ce qu’il a parfois regretté en deuxième période au Rayo.
“On doit s’assurer de rester du bon côté, parce que j’ai senti que parfois, même en deuxième mi-temps, on est montés trop haut en émotion et ensuite on oublie les détails. On oublie les courses. On oublie nos tâches. On perd le ballon dans certaines zones parce qu’on ne pense pas assez clairement.”
Pour Gary O’Neil, ce travail mental est l’un des grands axes de progression de son jeune groupe. Il ne s’agit pas seulement de demander aux joueurs de courir, de presser ou de se battre. Il faut aussi leur apprendre à gérer les grands moments.
“C’est l’un de mes plus grands travaux avec cette équipe, à cause de leur âge : travailler sur leur mentalité et leur compréhension.”
Le coach strasbourgeois prend l’exemple d’Emanuel Emegha, dont il veut conserver l’instinct de combat, sans perdre la lucidité nécessaire dans les moments décisifs.
“Bien sûr, on a besoin qu’Ema soit prêt à se battre avec tout le monde, mais on a aussi besoin qu’Ema soit assez calme pour prendre les bonnes décisions.”
Même idée pour Diego Moreira, capable de mettre une énorme intensité, mais qui doit garder du sang-froid dans les derniers mètres.
“Diego Moreira voulait se battre avec tout le monde et travailler tellement dur, mais ensuite, quand on arrive dans le dernier tiers, peut-il être calme ?”
Gary O’Neil résume alors parfaitement ce qu’il attend de ses attaquants :
“On a besoin de sang-froid dans le dernier tiers. Calme, bonne passe, bon centre.”
Ce travail, il l’évoque régulièrement avec ses joueurs.
“On parle un peu de ça, on essaie de les aider à progresser.”
Pour expliquer cette gestion des émotions, Gary O’Neil s’est appuyé sur sa propre expérience de joueur. Il a rappelé les play-offs de Championship en Angleterre, des matchs à très haute pression, où une victoire peut changer l’avenir économique d’un club.
“Je me souviens avoir joué en Championship, en deuxième division anglaise, les play-offs. En finale, si vous gagnez, cela vaut 200 millions pour le club. C’est 200 millions si vous gagnez par rapport à si vous perdez. Et j’en ai joué trois.”
Le coach strasbourgeois n’a pas hésité à reconnaître qu’il avait lui-même été dépassé par l’événement lors de sa première finale.
“Lors de la première, j’ai été inutile. J’ai été terrible.”
Mais cette expérience lui a ensuite permis de mieux gérer les grands rendez-vous.
“Lors des deux suivantes, après avoir vécu ça, quand j’y suis retourné, c’était plus facile pour moi.”
C’est précisément ce qu’il cherche aujourd’hui à transmettre à son groupe.
“J’essaie d’aider le groupe avec ça. Ce sont leurs premiers très, très grands matchs, pour tous.”
Gary O’Neil a toutefois souligné l’exemple de Chilwell, plus habitué à ce type de contexte et capable de rester lucide dans l’intensité.
“Peut-être Chilwell. Et je pense qu’on a pu le voir avec Chilwell dans le match. Il était calme. Il a pris de bonnes décisions.”
Le message est donc clair avant le retour face au Rayo Vallecano : le Racing devra être prêt au combat, mais sans se laisser déborder par l’émotion.
“On essaie de les aider à comprendre qu’on doit être prêts à se battre, mais qu’on doit être clairs. On doit être calmes.”
Gary O’Neil sait que l’attente est immense autour du club. Dans les rues de Strasbourg, les supporters ne parlent déjà que de jeudi.
“Quand je marche en ville, tout le monde me parle déjà : bonne chance pour jeudi, il faut gagner.”
Mais pour le coach, le piège serait justement de transformer ce match en événement trop grand dans la tête des joueurs.
“C’est encore un match. On doit jouer de la même manière. On doit être calmes. On doit réfléchir.”
Le Racing aura besoin de son public, de son intensité, de sa folie. Mais sur le terrain, Gary O’Neil veut une équipe capable de penser juste au cœur de la tempête.
“Nous avons une bonne équipe. Nous devons faire confiance aux joueurs. Nous faisons confiance aux supporters pour venir et tout donner derrière nous, et on verra ce que nous pouvons faire.”
Et pour conclure, le coach anglais a résumé ce qu’il attend de la Meinau jeudi soir :
“Du sang chaud pour les supporters, autant qu’ils peuvent en apporter, oui.”












