Trois matchs, trois défaites. Depuis samedi soir et le revers concédé face à Brighton (4-3), la préparation du Racing alimente les titres alarmistes de plusieurs médias nationaux. Alors posons la question autrement : dans l’histoire récente du football, que valent vraiment les résultats de juillet ? Réponse : pas grand-chose. Et les exemples ne manquent pas — à commencer par ceux du Racing lui-même.
Le Racing, déjà, l’an dernier
Nul besoin d’aller chercher bien loin. À l’été 2025, la préparation strasbourgeoise avait des allures de chemin de croix : une seule victoire contre Nancy (2-1), puis deux défaites de rang face à Galatasaray (1-3) et à l’Udinese (1-2), avant un nul stérile à Mayence (0-0). Bilan : un succès en quatre sorties, aucun grand signal envoyé.
La suite ? Une huitième place en Ligue 1, une demi-finale de Coupe de France, et surtout une demi-finale de Conference League au terme d’une phase de ligue bouclée à la première place. La plus belle campagne européenne du club depuis des décennies. Un an plus tôt, à l’été 2024, le Racing s’était même fait corriger 4-1 par Karlsruhe, pensionnaire de deuxième division allemande — avant de terminer septième et de décrocher l’Europe.
Deux préparations moyennes, deux saisons historiques. Voilà pour la mémoire courte.
Liverpool 2019 : trois défaites en juillet, un record en mai
L’exemple le plus spectaculaire nous vient d’Angleterre. Été 2019 : Liverpool, tout juste sacré champion d’Europe, enchaîne les désillusions estivales. Défaite contre Dortmund (2-3), défaite contre Séville (1-2), nul contre le Sporting (2-2), puis une correction 3-0 face à Naples avec une équipe type alignée par Jürgen Klopp. La presse britannique évoquait alors ouvertement une préparation inquiétante.
| Préparation | Résultat | Saison suivante |
|---|---|---|
| Liverpool, été 2019 | 3 défaites, 1 nul en 4 matchs | Champion à 99 points |
| Racing, été 2025 | 1 victoire en 4 matchs | Demi-finale européenne |
| Racing, été 2024 | Battu 4-1 par Karlsruhe (D2) | 7e et qualifié en Europe |
Dix mois plus tard, les Reds décrochaient leur premier titre de champion d’Angleterre en trente ans avec 99 points — record du club, dix-huit longueurs d’avance sur Manchester City, et un championnat plié à sept journées de la fin.
Et l’inverse est tout aussi vrai
Le contre-exemple le plus parlant s’appelle Manchester United. Été 2014 : les Red Devils, emmenés par Louis van Gaal fraîchement arrivé, survolent l’International Champions Cup aux États-Unis. Invaincus, ils battent la Roma, l’Inter, le Real Madrid, puis Liverpool en finale pour remporter le trophée. Wayne Rooney est élu meilleur joueur du tournoi. L’Angleterre s’enflamme, United est annoncé comme le grand favori du championnat.
La réalité fut cruelle : aucune victoire lors des trois premiers matchs officiels, puis une humiliation historique en Coupe de la Ligue, éliminé 4-0 par MK Dons, pensionnaire de troisième division. Une saison passée à courir après le retard accumulé, sans jamais parvenir à s’installer dans le haut du classement.
Le sport américain va plus loin encore. Les deux seules franchises de l’histoire de la NFL à avoir terminé une saison avec zéro victoire en seize matchs — les Lions de Detroit en 2008 et les Browns de Cleveland en 2017 — avaient toutes deux réalisé une présaison parfaite, quatre succès en quatre rencontres. À l’inverse, les Bears de Chicago 1985, souvent cités parmi les meilleures équipes de tous les temps, avaient perdu la majorité de leurs matchs de préparation.
Ce que la préparation dit vraiment
Cela ne signifie pas que les matchs amicaux ne servent à rien — ils servent simplement à autre chose qu’à gagner. Charge physique, rotation des joueurs, essais tactiques, intégration des recrues, temps de jeu réparti : Hugo Oliveira a d’ailleurs aligné deux équipes différentes par mi-temps contre le Sporting, preuve que le résultat n’était pas l’objectif de la soirée.
Ne minimisons pas pour autant : le niveau affiché lors de ces trois sorties a été faible, et personne à la Meinau ne prétendra le contraire. Dix buts encaissés en trois matchs, des séquences défensives inquiétantes, des limites individuelles apparues au grand jour — il y a matière à travailler, et le staff le sait mieux que quiconque.
Mais le contexte change tout : cet effectif n’est pas celui qui débutera la saison. Privé de la quasi-totalité de ses internationaux, revenus tardivement d’une Coupe du monde, le groupe aligné cet été est aussi en attente de renforts majeurs. L’arrivée d’un nouveau gardien est actée, la signature de Giovanni Reyna se précise, et d’autres joueurs sont attendus d’ici la clôture du mercato. L’équipe qui se présentera à Marseille le 21 août n’a tout simplement pas encore existé sur un terrain.
Rendez-vous à la fin du mois, donc. Cela ne dispense évidemment pas le Racing d’une exigence : celle d’afficher un tout autre visage dès la reprise du championnat. Trois défaites, dix buts encaissés et des limites entrevues sur le terrain ne s’effacent pas d’un revers de main, et la marge de progression reste considérable d’ici Marseille. Mais entre reconnaître un chantier et enterrer une saison qui n’a pas commencé, il y a un fossé que certains ont franchi un peu vite.











